Marine Porte de Sainte Marie, calligraphe, cours et stages de calligraphie
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14 octobre 2003, dans le studio du Photographe Denis Morel à Grenoble,
je retrouve mon ami Marc Dozier pour une séance photo un peu particulière.
Marc est photographe grand reporter et depuis des années, il explore et photographie son pays de coeur, la Papouasie Nouvelle Guinée.

Il a réussi à mettre sur pieds un projet un peu fou : inviter en France trois de ses amis papous et leur faire découvrir son pays.
Ils vont vivre trois mois d'une aventure exceptionnelle.

 

Je rencontre Mudeya (prononcer "moudidjé"), Porobi & Philip KC dans mon atelier début octobre. Depuis le temps que Marc me racontait ses aventures en papouasie, je rêvais de les rencontrer, alors quelle joie de les voir passer ma porte ! Je découvre de vrais artistes, experts dans l'art de se parer la tête et le corps de plumes, de feuilles et de couleurs.

Ils découvrent mes plumes "autochtones" d'oies, de faisan, de goëland et de corbeau, je leur montre comment je m'en sers, puis mes outils, mes couleurs et tout le tralala. J'offre à Mudeya une plume de paon pour laquelle il a un véritable coup de foudre, et des tubes de gouache, à mon avis moins nocive pour son visage que les pigments douteux ou la peinture pour carrosserie qu'il utilise habituellement...

Ils se peignent traditionnellement le visage, je leur propose de calligraphier sur leur corps. L'idée semble leur plaire ! Nous nous retrouvons donc la semaine suivante, lors d' une scéance photo qu'ils doivent faire avec Marc, en parures, et en studio.


 

"le studio, Marc et les papous en plein travail"

 

J'avais déjà vu leurs parures de plumes en photo, mais lorsque je les vois "pour de vrai" je suis émerveillée par toutes ces couleurs et par la grâce avec laquelle ils les assemblent. Je suis émue... J'adore les plumes et je n'en avais jamais vue d'aussi belles. Je n'avais jamais vu de plume d'oiseau de paradis...

Mudeya met gentiment un terme à ma contemplation en m'entraînant dans le coin du studio où il s'est longuement préparé. Et là, tout en riant et me racontant en papou je ne sais quelle aventure, il prend possession de ma tête avec autorité et y crée un assemblage incroyable de poils de kangourou des arbres et de plumes colorées. Je prends mentalement un peu de recul par rapport à la situation pour l'observer sous un autre angle et je crois rêver : je suis là, moi, petite française, entre les mains d'un guerrier papou venu de l'autre bout du monde, qui orne ma tête avec des plumes de sa forêt et me raconte des blagues papoues en riant. Je n'ose ni bouger ni respirer de peur de faire s'envoler cet instant magique, un peu comme le chocolat en poudre sur mes tartines beurrées quand j'étais petite.

Puis c'est à mon tour de "parer" Mudeya à ma façon. Je suis très intimidée... Après quelques secondes de réflexion, j'ouvre le "robinet à idées" et je laisse venir mon inspiration. J'ai d'abord envie de partir dans l'abstrait et je commence par poser sur ses bras quelques carrés de feuille d'or (ce qui lui plait beaucoup)

Puis la question se pose : qu'ai-je envie de dire à travers cet instant inoubliable pour qu'il ne reste pas dans ma mémoire qu'un moment "esthétique" ? Que puis-je écrire sur son corps qui ait un sens ?

 

J'ai devant moi un homme qui vit dans la forêt, qui ne connaît pas son âge, un guerrier faisant partie des chefs de son clan, un homme dont l'une des occupations favorite est de courir les bois à la recherche des plus belles plumes, des plus belles feuilles et fleurs pour faire de magnifiques parures. Mudeya m'inspire plein de choses, il est joyeux comme un enfant, je le vois un peu comme un lutin rieur et je ressens aussi son profond attachement à la nature et quelquechose de très sensible et rêveur en lui. C'est alors que me viennent à l'esprit les seuls mots que je pourrais écrire sur son corps : je peints une flèche blanche qui indique son coeur, puis au bas de la flèche, sur son ventre tout rond comme la terre, j'écris "ici bat le coeur de la Forêt".

 

Je ressens alors l'ambiance de cet instant et en prends un instantané pour ne pas l'oublier : Il fait froid dans le studio, Mudeya est assis sur un tabouret haut et frissonne un peu, je suis appliquée, je sens l'odeur de mes gouaches et celle du thé qui fume près de moi, et j'entends juste à côté, sur le fond blanc, Marc qui "anime" la scéance photo avec Porobi & Phillp KC. Il leur raconte des trucs en papous, en riant et en poussant des borborygmes et des cris incroyables, pour les guider afin qu'ils aient des expressions et des poses intéressantes sur les photos. C'est assez surréaliste...

Mon travail est long et mes pinceaux sont froids, mais Mudeya est très patient et au bout de deux heures, quand j'ai enfin fini, il est enchanté de découvrir le résultat dans la glace et d'entendre la traduction que lui fait Marc des mots écrits sur son ventre. Je suis épuisée... Je n'aurais jamais cru qu'écrire sur quelqu'un soit si long, si difficile et si intense !

Je suis heureuse car je ne savais pas du tout si j'allais réussir à faire quelquechose. J'ai l'impression que ce qui s'est posé sur la peau de Mudeya ce soir là, quelle que soit sa valeur esthétique, est quelquechose de juste, dicté par une inspiration surgie d'un moment de complicité inattendu.

 

Je sens que je ne pourrai rien donner de plus. Je ne peux pas écrire sur les deux autres papous tout de suite, on projette une autre séance quelques jours plus tard. En attendant, Marc et Denis nous prennent en photo, et c'est là encore un moment incroyable que je ne suis pas prête d'oublier.

 


"moment de complicité avec Philipp KC & Mudeya"

Le lendemain, en rangeant mes affaires, je trouve au fond de mon sac de matériel une petit plume rouge adorable qui a du s'envoler de la parure de Mudeya et y tomber par hasard. Je prend ce hasard comme un vrai cadeau du Ciel et un clin d'oeil de Mudeya, et depuis je la garde précieusement...

 

 


"trois jours plus tard c'est Porobi, ici avec Marc, qui se prête au jeu et j'écris sur ses bras
"je viens
d'un autre monde" et d'autres choses sur ses pieds que l'on a oublié de prendre en photo...

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Marine Porte de Sainte Marie,  calligraphie latine

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